
Dario Argento ou celui sans qui le giallo (polar transalpin) et le fantastique à l'italienne n'auraient pas acquis la notoriété qu'ils peuvent se targuer de posséder aujourd'hui.
Né à Rome en 1940, le bonhomme se spécialise d'abord en tant que critique cinématographique, avant de co-écrire le scénario du fameux chef-d'oeuvre de western spaghetti qu'est Il était une fois dans l'Ouest. Mais c'est en 1969 qu'il inaugure pour la première fois ses dons de réalisateur, avec le giallo L'oiseau au plumage de cristal.

Bien que mineur, ce film introduit d'emblée certaines obsessions du futur maestro, à savoir notamment la mémoire visuelle (le protagoniste principal, témoin d'un assassinat, ne parviendra à se souvenir du visage du meurtrier en question que lors du dénouement).
Après une trilogie animalière (L'oiseau au plumage de cristal, Le chat à neuf queues, puis Quatre mouches de velours gris) constituée de films guère inoubliables mais fruits d'une filmographie bourgeonnante, Argento passe à la vitesse supérieure et signe, tel un orfèvre aurait ciselé l'un de ses plus beaux bijoux, ce qui demeure à ce jour l'une des ultimes références du thriller transalpin: Les frissons de l'angoisse. D'une virtuosité scénaristique exceptionnelle avant toute chose, cette oeuvre distille également une poignée d'éléments esthétiques qui ne quitteront désormais pratiquement plus l'univers du maître, à savoir des scènes de meurtres grand-guignolesques, ainsi qu'une bande-son vrombissante concoctée par le groupe Goblin.

Suspiria masque quant à lui les béances d'un script quelque peu faiblard en poussant l'esthétisme jusqu'à la caricature, transformant le tout en un mémorable opéra baroque et sanglant. Inferno, réalisé l'année suivante, adopte les même règles, et va même encore plus loin dans les audaces visuelles (on se souviendra longtemps de ces jeux de lumières flamboyants, en contradiction avec une trame scénaristique de plus en plus dépouillée). Ces deux films, majeurs s'ils en sont, marquent la première période fantastique de Dario Argento.

En 1982, le bougre recouvre ses intrigues policières tordues et ses psychopathes gantés avec Ténèbres, un giallo Gore aux assassinats sanguinaires et ultra-violents, rythmé par une hallucinante ritournelle Disco de Goblin, et dont la virtuosité filmique et esthétique bluffante (le long plan latéral acrobatique de la façade, la chatière puis la toiture d'un immeuble, à couper le souffle) en fait, entre autre, probablement son point d'orgue.

Hélas, l'intéressant mais un peu niais Phenomena amorce gentiment le déclin progressif du réalisateur, qui se fourvoie par la suite dans des métrages bancals et dépourvus d'un grand intérêt (quoique sa version du Chat noir de Poe dans le très sous-estimé Deux yeux maléfiques, co-réalisé avec George A. Romero, grâce en partie aux quelques FX Gore de Tom Savini et à une ambiance très angoissante, ne se révèle pas dénuée de qualités). Le comble se voit atteint avec Le fantôme de l'opéra, variation de pacotille du classique de Gaston Leroux, rattrapé par un ou deux petits effets Gore plutôt sympathiques, mais globalement ennuyeux, mal fichu et grotesque, parfois à la limite du nanar.

L'excellent Le sang des innocents, datant de 2001, témoigne cependant d'un Dario Argento à nouveau en haut de la pente; il s'agit d'un thriller à l'italienne doté d'une intrigue impeccablement huilée et de scènes de meurtres d'une brutalité inouïe (pas loin du trash d'ailleurs), et dont la palpitante séquence d'ouverture, où une prostituée est poursuivie par le tueur jusque dans un train en marche, s'avère digne d'éloges. Goblin fait également son come-back dans le dit film, avec une trame sonore tonitruante comptant parmi leur plus grandes réussites.


Avec Le joueur de cartes, le dernier cru du maestro à ce jour, réputé pour être un petit désastre, l'on ne sait plus quoi trop penser. Argento has-been ou pas ? Toujours est-il que le monsieur a annoncé il y a peu la préproduction du dernier volet de sa fameuse trilogie des Trois Mères, après Suspiria et Inferno... Gardons donc espoir !
Filmographie:
1969 - L'oiseau au plumage de cristal (L'uccello dalle piume di cristallo)
1970 - Le chat à neuf queues (Il gatto a nove code)
1971 - Quatre mouches de velours gris (Quattro mosche di veluto grigio)
1973 - Cinq jours à Milan (Le cinque giornate)
1975 - Les frissons de l'angoisse (Profondo rosso)
1977 - Suspiria
1979 - Inferno
1982 - Ténèbres (Tenebrae)
1984 - Phenomena
1987 - Terreur à l'Opéra (Opera)
1990 - Deux yeux maléfiques (Two evil eyes) [avec George A. Romero]
1993 - Trauma
1996 - Le syndrome de Stendhal (La sindrome di Stendhal)
1998 - Le fantôme de l'Opéra (Il fantasma dell'opera)
2001 - Le sang des innocents (Non ho sonno)
2004 - Le joueur de cartes (Il cartaio)
2005 - Vous aimez Hitchcock ? (Ti piace Hitchcock ?) [téléfilm]
N.B.: L'on serait dans nos torts de négliger la présence de Michele Soavi dans l'univers d'Argento, puisque cet homme à tout faire dans le cinéma de genre transalpin (acteur, assistant réalisateur, puis réalisateur lui-même à ses heures), a collaboré à maintes reprises avec le maestro: il fut assistant réalisateur sur Ténèbres, Phenomena, Terreur à l'opéra et également Demons de Lamberto Bava, lui-même produit par Dario Argento. Lorsque Soavi passe derrière la caméra, cela donne des résultats intéressants, comme cet éprouvant Bloody Bird (1987), thriller horrifique en forme de huis-clos dans un théâtre peu avare en assassinats Gore et variés (utilisation d'une tronçonneuse, d'une hache, d'une grosse perceuse ou d'une pioche dans l'élaborations des meurtres).