Version Longue non censurée
Titre d'origine: Conquest of the Planet of the Apes
Réalisateur: Jacques Lee Thompson
Année: 1972
Origine: U.S.A
Durée: 1h28
Distribution: Roddy McDowall, Don Murray, Ricardo Montalban, Natalie Trundy, Hari Rhodes, Severn Darden, Lou Wagner.
Sortie salles U.S: 30 Juin 1972
FILMOGRAPHIE: Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada).
Avec 47 longs-métrages, le cinéaste a abordé tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains font office de chef-d'oeuvre. On peut citer à titre d'exemples Les Canons de Navarone, Les Nerfs à vif, la Conquête de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Enfin, il est notamment responsable de la saga des justiciers avec l'aimable complicité de son acteur fétiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).
4è volet de la célèbre saga, la Conquête de la planète des singes est considéré à juste titre comme l'épisode le plus convaincant depuis celui de Schaffner. Réquisitoire contre l'esclavagisme et l'exploitation des ouvriers, pamphlet contre le totalitarisme et la haine raciale, ce quatrième opus dirigé par Jack Lee thompson s'avère puissamment évocateur dans sa dénonciation d'une politique despotique (les uniformes des policiers font d'ailleurs évoquer la triste période de l'occupation nazie). Violemment percutant, le film dépeint avec le fracas des armes la sédition des singes organisé par césar (fils de Cornelius et Zira). Alors que ce dernier était recueilli par un directeur de cirque depuis 20 ans, il découvre aujourd'hui l'asservissement de ces semblables sous la houlette d'un gouverneur fasciste. Après la mort de son père adoptif, il décide donc de se venger en organisant une rébellion de grande échelle.
Cette situation de crise amplement mise en scène est d'autant plus crédible que l'impact saisissant des séquences d'insurrection réserve parfois un réalisme cru pour notre châtiment réservé. Mais auparavant, Jack Lee Thompson aura pris soin de peaufiner sa reconstitution futuriste d'un état totalitaire où les hommes auront remplacé nos traditionnels animaux domestiques pour se laisser entretenir par les simiens. Alternative oh combien profitable pour l'exploitation de l'esclavage !
Notre soif de mégalomanie et notre désir de soumission infligé aux primates sont savamment illustrés à travers des séquences de dressage où tortures et humiliations sont monnaie courante. Par sa violence âpre, certaines séquences s'avèrent d'ailleurs pénibles à regarder tant elles nous remémorent les expérimentations de la vivisection pratiquées sur nos animaux de laboratoire. Fatalement vouée à perdre la guerre et provoquer l'apocalypse nucléaire, la race humaine est néanmoins sévèrement réprimandée de son intolérance et de sa lâcheté par la révolte de César ! Les séquences d'émeutes s'avèrent parfois assez brutales pour rappeler chez les deux camps adverses l'instinct primitif et destructeur enfouis dans l'inconscience (celle de la descendance du singe s'excusera le gouverneur !). A l'atmosphère sombre distillant une tension latente, La Conquête de la planète des singes joue la carte du nihilisme avec une véracité aussi impressionnante que terrifiante dans ces images d'anarchie à l'idéologie réactionnaire. Une mise en garde afin de mettre en exergue l'emprise délétère du pouvoir où la liberté ne peut se gagner qu'à travers l'emploi des armes d'une révolution sanglante (il n'y a pas de fumée sans feu prononcera César !).
Âpre, violent et très spectaculaire dans sa dernière partie, la Conquête de la Planète des Singes passionne autant que son précurseur dans ses thématiques politiques et véhicule un tel climat d'inquiétude que l'on redoute qu'un tel élan de sédition puisse un jour nous être fatal ! Sous l'allégeance perspicace de César, on peut louer l'impressionnante performance simiesque de Roddy Mc Dowall littéralement habité par une rancoeur contestataire mais finalement discrédité par sa haine punitive ! Un épisode redoutablement incisif dans son caractère frondeur et d'une noirceur telle qu'elle nous laisse un goût d'amertume dans la bouche ! (du moins dans sa version non censurée beaucoup plus radicale !)